Quand Félicien, enfant de la DDASS, apprend la vérité sur ses origines – il est né de mère algérienne –, le voilà plongé dans la tourmente. Il est le même et cependant totalement différent. Le jeune homme décide alors de traverser la Méditerranée en quête de son identité.
JE SUIS UN GARÇON COMME LES AUTRES. J'ai grandi sans histoires. Rien à signaler. À huit ans, comme tous mes copains, je rêvais de devenir pirate. Grimpé sur l'échelle de mon lit en mezzanine, je jouais les vigies pendant des heures devant l'océan déchaîné de la moquette bleue de ma chambre. Un peu plus tard, j'ai compris que les pirates d'aujourd'hui s'apparentaient davantage à des narcotrafiquants, et j'ai renoncé pour toujours à me lancer dans la grande aventure des corsaires.
Du coup, je n'avais plus la moindre idée concernant mon avenir. J'ai fréquenté le collège, puis le lycée, sans trop d'états d'âme : je n'étais ni plus ni moins doué qu'un autre, cela suffisait. Mes parents m'ont laissé tranquille. J'ai préparé un bac scientifique sans angoisse et sans allégresse.
J'ai toujours su que j'étais un enfant adopté. En famille, on n'en a jamais fait mystère. Mes parents ont pieusement conservé les premières photos, celles de mon arrivée dans leur foyer. J'avais trois mois. Sur les clichés, on voit un bébé ordinaire dans les bras d'adultes ravis. Rien que du très normal. À ma naissance, j'avais été prénommé Sylvain par le médecin de service, qui s'était contenté de regarder un calendrier pour choisir. Je suis né le 4 mai, jour de la saint Sylvain : j'étais tombé sur un médecin sans imagination. En m'adoptant, mes parents m'ont rebaptisé Félicien. Ils trouvaient ça plus joli. Plus chic aussi. Félicien Desjonquères, ça sonne bien, non ? Et puis c'est de tradition dans la famille : mon grand-père s'appelle Félix.
Anne Vantal, journaliste et auteur de livres pratiques, s'est découvert une vocation pour la fiction jeunesse. En 2003, elle publie chez Actes Sud Junior son premier roman Pourquoi j'ai pas les yeux bleus ? suivi de Je hais la comtesse, Chère Théo, Le Maître des vecteurs, Dossier le Guêpe, Matakonda la terrible.
Elle est également l'auteur de trois romans ADO, Peine maximale, Un été outremer et Voie interdite.